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🎂 Charles-André Merda, le Don Quichotte de la Gendarmerie 🎂

Merda, voici le nom de cet illustre inconnu de l’Histoire qui en une soirée est devenu le héros de la Révolution Française.

C’est lui, ce Charles-André Merda, simple sous-officier d’une compagnie de grenadiers-gendarmes qui va mettre fin au régime sanglant de la Terreur en procédant à l’arrestation du tyran Robespierre et de ses partisans durant la folle nuit du 9 au 10 thermidor an II. Acclamé par les députés de l’Assemblée pour son acte chevaleresque, le gendarme Merda est devenu une icône intouchable de la période du Directoire qui suscita même l’admiration du futur empereur Napoléon.

« Tous les bons Français, tous les amis de l’humanité prononcerons toujours avec reconnaissance, le nom du héros du 9 thermidor ! » écrit l’essayiste royaliste Barrière, sur le coup d’éclat du gendarme Merda. Depuis près de deux siècles, la notoriété de ce gendarme émérite fait l’objet d’une instrumentalisation politique qui arrange grandement sa concupiscence personnelle. Présenté comme un modèle de vertu républicaine, auteur d’un fait d’armes exceptionnel, il s’est fait passer pour un héros qu’il n’était pas et qui a toujours oeuvré pour ses intérêts. La caricature de Thénardier n’est pas loin et pourtant, Merda est en réalité un royaliste convaincu qui s’est servi successivement de la Révolution et de l’Empire pour assouvir ses ambitions personnelles.

Le gendarme "Veto" Merda en tenue d'apparat, d'officier de l'Armée Napoléonienne (©️Musée de la Gendarmerie)
Le gendarme « Veto » Merda en tenue d’apparat, d’officier de l’ArmĂ©e NapolĂ©onienne (©️MusĂ©e de la Gendarmerie)

Né le 11 janvier 1773 dans une famille de riches marchands parisiens, spécialisés dans le commerce de la soie, ce fidèle sujet de sa majesté le Roi s’engage à 17 ans dans les rangs de sa garde constitutionnelle. N’approuvant guère cette chute progressive des institutions de l’Ancien régime, celui-ci va livrer une farouche résistance aux troupes sans-culottes qui investissent violemment le palais des Tuileries lors de la journée du 10 août 1792. Arrêté pour trahison et pour sauver sa tête du tribunal révolutionnaire, Merda retourne sa veste et intègre par dépit un escadron de Gendarmerie. Surnommé le « citoyen Veto » par ses camarades de brigade, qu’il commande d’une main de fer et avec peu d’estime, il fait partie de la troupe vengeresse, conduite par le général Barras pour monter à l’assaut de la mairie de Paris contre le tyran Robespierre lors de la date fatidique du IX thermidor.

Le tueur de la Terreur

Hôtel de ville de Paris, le 27 juillet 1794. Le sanglant régime de la Terreur institué par Robespierre va bientôt toucher à sa fin. L’Incorruptible, déclaré ennemi de la Convention est rendu coupable de crime de masse et de conspiration royaliste contre la République. Après les violentes échauffourées du matin à l’Assemblée sur le renforcement punitif de la loi de Prairial, Robespierre chahuté par la foule qu’il accuse de traîtrise, se réfugie dans les salons particuliers de l’hôtel de ville, en compagnie de ses derniers fidèles Montagnards, Saint-Just et Couthon, pour organiser la défense de la ville contre l’insurrection qui s’annonce.

Vers 2h30 du matin, la troupe armée mandatée par la Convention fonce sur le palais. À sa tête, la compagnie de Merda et ses hommes qui rêvent d’en découdre avec l’ennemi public, Robespierre. Après avoir forcé les premières lignes de défense, ceux-ci s’infiltrent discrètement en montant quatre à quatre les marches de la mairie et en investissant la place avant de se retrouver face à la grande porte du salon de l’Égalité, où se terrent les fugitifs. Faisant irruption dans la salle avec fracas, les gendarmes procèdent à une interpellation sommaire des conspirateurs. Merda se trouve face-à-face à un Robespierre affaibli mais toujours aussi dangereux, qu’il neutralise de deux balles de pistolet qui l’atteignent en pleine mandibule. Dans ses mémoires, le gendarme Merda raconte avec vantardise : «Je saute sur lui et, lui présentant la pointe de mon sabre au coeur, je lui dis : ”Rends-toi, traître”». Suite à cette violente agression verbale, Robespierre lui répond : « C’est toi qui es un traître et je vais te faire fusiller ! ». Charles-André Merda réplique immédiatement et rétorque : « À ces mots, je prends de la main gauche un de mes pistolets et, faisant un à droite, je le tire. Je le croyais le frapper à la poitrine, mais la balle le prend au menton et lui casse la mâchoire inférieure. ». Pour les historiens, la vérité est tout autre. Selon certaines sources, Robespierre se sentant perdu décide de mettre fin à ses jours. Devant le capturer vivant, Merda veut éviter un drame et lui bondi violemment dessus et en voulant saisir par la force l’arme de Robespierre, ce dernier appui involontairement sur la gâchette et le coup part lui fracassant le bas du visage. Certaines mauvaises langues diront que ce fut un déchainement de violence gratuite du monarchiste Merda à l’encontre du républicain Robespierre, qu’il rendait responsable de la fin programmée de la royauté en France.

Tel un personnage Stendhalien à la destinée peu scrupuleuse et ô combien glorifiée, le gendarme Merda entre dans les petits papiers des politiciens du Directoire et s’assure ainsi un train de vie confortable mais peu honorable. Se reposant sur son célèbre exploit de l’arrestation de Robespierre, les promotions s’enchaînent sans même qu’il n’est à bouger le petit doigt, malgré quelques réticences du ministre de la guerre Schérer, qui voit d’un très mauvais oeil l’ascension fulgurante de ce militaire hâbleur. Protégé par les éminents hommes d’État Lazare Carnot et Joseph Fouché, il est nommé capitaine du 10e régiment de chasseurs à cheval, décoré de la Légion d’honneur en 1804 avant d’être anobli quatre années plus tard.

Merda, héros malgré lui

Nommé baron de l’Empire, Charles-André Merda devient le colonel Méda. Un nom plus torché pour la postérité de ce soldat d’opérette. Toujours absent et dans l’ombre des grandes batailles napoléoniennes qu’il côtoie depuis l’arrière du front, le nouveau colonel du 1er régiment de chasseurs à cheval se lasse rapidement de ses exploits guerriers fantoches et décide de se jeter dans le feu de l’action, en participant à la calamiteuse campagne de Russie. Son ultime baroud d’honneur, sa pitoyable charge de cavalerie contre les troupes russes lors de la bataille de Moskova, durant laquelle la moitié de son unité est décimée.

La dernière charge héroïque du colonel Méda à la tête de ses troupes lors de la bataille de la Moskova (©️coll.privée)
La dernière charge héroïque du colonel Méda à la tête de ses troupes lors de la bataille de la Moskova (©️coll.privée)

Atteint par un boulet de canon à l’aine, qui lui déchire une de ses jambes, le noble Méda décède par une ironie du destin sur un champ de bataille après qui il courait désespérément. Décédé le 8 septembre 1812, des suites des conséquences de sa blessure, il sera nommé général de brigade à titre posthume. Sa dépouille est inhumée quelque temps plus tard dans une église locale qui est totalement rasée au XXe siècle. Au final, dans sa quête effrénée pour la célébrité, Merda restera surtout connu pour son patronyme puant le déshonneur.

M.C.

 

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